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10 questions à ne pas poser à une personne trans ou non-binaire

La plupart des questions répertoriées ici concernent les personnes trans aussi bien que les personnes non-binaires. Rappelons que toutes les personnes non binaires ne souhaitent pas se désigner comme trans ! J’ai listé ici les questions les plus pénibles que je pouvais rencontrer dans la vie de tous les jours, mais malheureusement il y en a encore beaucoup d’autres…

  1. Mais alors du coup, c’est quoi ton vrai prénom ?

LA question. Vous n’allez sans doute pas en croire vos oreilles, mais le vrai prénom, c’est celui avec lequel la personne s’est présentée à vous. Je sais, je sais, c’était trop simple, on a cru qu’il y avait un piège.

Plus sérieusement, l’obsession autour du prénom de naissance des personnes trans (aussi appelé deadname en anglais ou morinom en français) est irrationnelle tout autant qu’irrespectueuse. Est-ce que je vous demande si vous aviez une peluche lapin ou nounours dans votre berceau ? Bon. Sans oublier évidemment que cette question délégitime les personnes trans et insinue que leur prénom actuel n’est qu’une mascarade, et que tout ce que le monde voudra toujours savoir, c’est comment leurs parents les avaient appelés. Ça ne se demande pas. Acceptez-le.

  1. Quand est-ce que tu vas commencer les hormones/te faire opérer ?

Deux problèmes dans cette question :

– le respect de la vie privée ?? Cela ne regarde personne d’autre que les personnes concernées. La plupart du temps, cette question relève d’une curiosité malsaine et a souvent un caractère sexuel. On ne vous a pas demandé comment vos organes génitaux se portaient. Le corps des personnes trans n’est pas d’ordre public.

– elle sous-entend que toute personne trans veut forcément entamer une transition médicale, ce qui n’est pas le cas. Si quelqu’un ne veut pas effectuer de transition médicale, c’est son choix, et surtout cela ne lui enlève aucune légitimité ! Oui, certaines personnes ne souhaiteront pas prendre d’hormones ou faire d’opérations.

  1. Pourquoi est-ce que tu ne peux pas juste accepter ton corps tel qu’il est ?

Oui, j’ai déjà entendu cette question. On devine très rapidement qu’elle vient forcément de personnes cis, en général (oserais-je le dire) d’hommes cis. Je l’ai même entendu de la bouche de personnes perpétuellement au régime, ou accro à la musculation, qui eux-mêmes semblaient donc avoir quelques soucis à appliquer leur propre conseil. Quand il s’agit d’exiger des femmes qu’elles soient plus minces, maquillées et souriantes, il y a du monde, mais quand une personne trans veut transitionner physiquement, soudain il n’y apparemment rien de mieux que le « naturel ».

  1. Du coup tu vas être attiré-e par les hommes (resp. « les femmes ») maintenant ?

Alors. Non. Quoi ? Juste non.

Le genre n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Petit rappel en passant que l’hétérosexualité n’est pas une obligation : juste parce que quelqu’un fait une transition (et donc « devient » à vos yeux un homme ou une femme)(oui parce qu’iel l’était déjà en fait mais passons) ne veut pas dire que ses préférences vont changer.

  1. Quand est-ce que tu es devenu-e trans ?

On ne devient pas trans, on ne devient pas une femme, un homme ou une personne non binaire. On est une femme ou un homme ou non binaire, et cela correspond ou non à notre genre assigné à la naissance, et alors on est trans ou cis (ou non binaire). En revanche oui, on peut se rendre compte qu’on est trans, mais là encore, pourquoi poser la question ?

  1. (Pour les personnes non-binaires) – Mais si tu n’es ni homme ni femme, pourquoi tu voudrais faire une transition physique ?

L’expression de genre (qu’on peut résumer très rapidement par l’apparence physique, l’habillement, les attitudes) peut certes est reliée au genre ressenti, mais ce n’est pas une obligation. Il est de toute façon impossible d’avoir « l’air agenre ». Laissez les personnes non binaires transitionner ou non selon leur volonté.

Pour être un peu plus précis, il est possible d’être non binaire, mais de tout de même souhaiter être perçu comme un homme, par exemple, ou de ressentir de la dysphorie vis-à-vis de son corps actuel et de vouloir en changer. De même, toutes les personnes non binaires n’utilisent pas de pronoms neutres ou ne choisissent pas un prénom unisexe.

  1. Est-ce que tu ne vas pas changer d’avis ?

Non.

(Et si ça arrive, si quelqu’un par exemple commence une transition hormonale puis souhaite l’arrêter, ce n’est pas grave.)

  1. Et pour le sexe, ça se passe comment ?

C’est comme pour les opérations et pour les organes génitaux : pas votre affaire ! Deux solutions : soit vous posez cette question à tout le monde (et c’est un peu bizarre), soit vous ne la posez à personne (et ce n’est pas le moment de commencer).

  1. Est-ce que tu es sûr-e que tu n’essaies pas juste de réprimer ton homosexualité ?

Il n’y a pas de lien entre identité de genre et orientation sexuelle, et faire une transition n’est certainement pas le moyen le plus « simple » d’éviter le sujet de l’homosexualité…

  1. Comment est-ce que tes parents/ta famille/ton partenaire ont réagi ?

Si vous êtes un-e ami-e proche et qu’il s’agit d’une inquiétude légitime, alors d’accord. Mais si le sujet fâche (ce qui est probable), n’insistez pas non plus, sauf si la personne en face a envie d’en parler.
Et si vous n’est pas un-e proche, alors on en revient à ce qui a été dit précédemment : le fait qu’une personne soit trans ne justifie pas de violer son intimité et de lui refuser le droit à une vie privée. De plus le coming-out à la famille (ou autre) a pu être un moment difficile (ou peut rester à faire) et il est inutile de raviver ces souvenirs. Enfin, cette question fait passer le ressenti des proches avant celui de la personne concernée, ce qui est déjà monnaie courante dans les médias, et particulièrement insensible.

***

Vous allez me dire, mais alors, on ne peut plus rien demander ? La réponse est simple : si vous n’auriez pas posé cette question à une personne cis, alors ne la posez pas à une personne trans. Demandez-vous pourquoi vous voulez poser cette question : est-ce qu’il s’agit juste de satisfaire une curiosité personnelle ? Est-ce que vous avez vraiment besoin de savoir cela ? Prenez-vous le risque de blesser votre interlocuteur-ice ou de s’immiscer dans son intimité ? Dans le doute, souvenez-vous qu’il est préférable de s’abstenir.



Si vous appréciez mon travail et que vous voulez m’aider à financer ma transition, vous pouvez faire un don à ma collecte pour financer ma mammectomie. C’est ici : le pot commun 

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4 réflexions au sujet de “10 questions à ne pas poser à une personne trans ou non-binaire”

  1. Bonjour.
    Ton article est super ! Je m’intéresse énormément à la communauté LGBTQ+, et je déteste cette curiosité malsaine et les clichés que beaucoup trop de gens traînent avec eux. Ça a toujours été naturel, pour moi, de respecter la façon dont les autres se sentent vis à vis de leur genre et de leur sexualité.
    Aquilina.

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    1. Quand je parle de curiosité malsaine, je parle des questions que posent certaines personnes aux trans. Des questions concernant leur intimité, leur sexe, la chirurgie, etc. Et personne ne pose jamais ce genre de questions à des personnes cis.

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  2. Bonjour,
    D’abord merci pour cet article intéressant et qui m’a personnellement bien aidée après le coming out de man enfant non binaire. Je suis donc maman d’um enfant non binaire, je suis également libraire et amoureuse de la langue française et j’aimerais défendre l’évolution de cette langue que beaucoup de gens attaquent. Beaucoup ne veulent pas que la langue change, sans se rendre compte que l’évolution est perpétuelle et qu’ils utilisent déjà des mots qui n’existaient pas avant (il n’y a qu’à voir en ce moment la polémique sur les accords participes). J’ai d’abord demandé à man enfant quels pronom iel voulait utiliser et je me suis penchée sur les questions de la grammaire neutre et/ou inclusive. Et moi qui suis assez bonne en grammaire, je me suis rendue compte que c’était difficile pour moi de comprendre les règles. Pour l’instant, je suis à l’aise avec les pronoms…mais hélas le reste je dois réfléchir 10 minutes avant de parler ce qui est pénible pour une bavarde comme moi. J’ai parlé à man enfant et lui ai fait part d’une idée qu’iel a trouvé bonne, celle de rédiger un manuel de grammaire neutre et/ou inclusive. Je ne me sens pas complètement légitime, en tant que personne cis, pour ce faire, bien que man bébé (tu vois, déjà je me heurte à une difficulté, comment éviter les répétitions) ait aussi envie de s’investir dans ce projet. J’aimerais réunir des personnes pour entamer ce projet et le faire aboutir. Mais je ne sais pas trop comment, ni avec qui. Disons que je serais représentante des personnes cis parent-e-s de personnes non binaires mais que bien sûr il faut d’autres représentant-e-s. La difficulté que j’ai rencontrée est qu’il y a trop de choix, faut-il choisir li? lo? Quelles terminaisons pour les adjectifs? Comment faire avec une langue comme le français qui est entièrement genrée et dont même les objets sont genrés? Parfois, les choix neutres ne sont pas très jolis, et dans ma famille, on essaye d’utiliser ce qui nous plaît le plus (on a du mal avec froeur par exemple, mais tout ça est très subjectif.
    Merci de ta réponse si tout ça t’intéresse, bonne journée et bonne contination
    laurence.dessau@bbox.fr

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