euphorie, genre, transition

Plaidoyer pour une euphorie de genre

C’est bien connu, si on est trans, c’est qu’on est malheureux. Qu’on déteste notre corps, notre voix, notre nom. Que nos parents nous rejettent, que la dysphorie nous paralyse. Que dès nos 4 ans on savait qu’on était différents.

Aujourd’hui j’ai envie de dire : en fait, non. Pas toujours.

Bien sûr, la dysphorie peut être violente. Bien sûr, parfois, c’est difficile de se dire qu’un jour ça ira mieux. Mais c’est épuisant de voir l’ensemble des expériences trans ramenées à la même histoire de souffrance et de haine de soi.

Il y a des personnes trans qui ne détestent pas leur corps, qui parfois ne l’ont jamais détesté. Qui peuvent entendre leur nom de naissance et les mauvais pronoms et ne pas grincer des dents. Quelquefois, faire une transition sociale ou médicale, ce n’est pas pour fuir une souffrance, c’est pour aller vers plus de confort et d’amour de soi. Laissez-nous aimer nos corps et nos expériences trans ! Laissez notre euphorie être aussi légitime que notre dysphorie !

Un jour, on m’a dit que la ligne de ma mâchoire était masculine, que ma voix était grave, que cela semblait impossible qu’on m’appelle madame dans la rue.

Un jour, j’ai passé le contrôle de sécurité dans un aéroport et l’employé m’a appelé monsieur. Il ne s’est pas corrigé quand j’ai parlé. 

Un jour, j’ai reçu un nouveau binder, j’ai acheté un t-shirt qui me faisait un torse plat, j’ai regardé les courbes de mes muscles dans le miroir, et j’ai été heureux.  

Si « elle » n’est pas un problème, mais que « il » est mieux, alors ce sera « il ». Juste parce que c’est mieux. Si un soutien-gorge ne dérange pas mais qu’un binder donne un petit frisson dans le ventre, alors pourquoi refuser ça ? Si nous nous trouvons beaux pré-T, magnifiques après 3 mois et éblouissants après 10 ans, c’est le mieux qu’on puisse nous souhaiter.

Nous avons le droit d’aimer nos corps. Nous avons le droit de faire une transition même si ce n’est pas une question de vie ou de mort mais juste d’amour. Nous n’avons pas besoin d’atteindre un certain degré de souffrance pour justifier que l’on nous « soigne », que l’on nous aide, que l’on nous prenne en pitié. Si nous souffrons, laissez-nous faire tout ce qui est possible pour alléger cette souffrance – mais n’en faites pas une condition.

Si vous appréciez mon travail et que vous voulez m’aider à financer ma transition, vous pouvez faire un don à ma collecte pour financer ma mammectomie. C’est ici : le pot commun 

 

 

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3 réflexions au sujet de “Plaidoyer pour une euphorie de genre”

  1. Ok pour le droit à faire se qu’on veut de son corps mais dans la pratique 95% de ceux qui se changent le font car ya une souffrance étant donné que changer le corps sexué visiblement marginalise toujours aujourd’hui !

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    1. De mon coté, il y avait des souffrances, mais je sais que quand j’ai changé, j’ai eu une euphorie bien plus forte que mes souffrances.

      Pour ce qui est de la marginalisation, j’étais déjà marginalisé avant ça.

      Une personne trans en général va pas suivre les codes sociaux liés aux genre attribué, déjà ça ça marginalise.
      De plus, dans mon vécu, je suis aussi autiste asperger, et je pense que ça aussi ça marginalise.
      En plus j’ai des convictions morale comme le fait d’être vegan.

      J’ai pas eu besoin de ma transition hormonale pour être marginalisé.

      Ne vois pas tout avec ton prisme de la réalité, tout le monde n’a pas ton vécu.

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  2. J’ai lu ce plaidoyer pour la première fois il y a presque deux ans, lorsque j’ai commencé à me poser des questions sérieuse sur mon identité de genre et ce que je voulais être et comment je voulais être vu.
    J’ai accroché dès les premiers mots, et toujours plus au cours de la lecture.
    Aujourd’hui encore, cet article est une référence pour moi. Merci.

    Je sais maintenant et j’assume ouvertement de vouloir être une fille, et je veux commencer des démarches. Malheureusement quand je vois que tous les parcours transgenres sont catégorisés et censés tous se ressembler avec ce besoin — que dis-je ce devoir vis-à-vis de la société si l’on est « vraiment trans »– de devoir chercher à changer son corps le plus possible, à passer par des opérations, à avoir peur que l’on prononce son dead name… Bref, tout ça m’attriste et ne me donne parfois pas envie de faire une transition, même si je sais que je me sentirais mieux.
    Car, comme Alex l’a très bien écrit « Si nous nous trouvons beaux [ou belles] pré-[Hormones], magnifiques après 3 mois et éblouissant[e]s après 10 ans, c’est le mieux qu’on puisse nous souhaiter. », merci pour ces mots.
    Si je veux me féminiser quelque peu mais ne souhaite pas prendre un traitement à vie et qu’après 2 ans je me sens bien dans ma peau sans, dois-je continuer ?

    L’identité de genre est spectre, comme l’orientation sexuelle, comme l’autisme, tout le monde est un peu homo, un peu bi, un peu fille ou un peu gars, et tout le monde est autiste à son niveau. Pourquoi vouloir enfermer ça dans deux boîtes distinctes et hermétiques ?

    Entre le rouge et le violet il y a une infinité de couleurs, merci de vous en rappeler.

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