Journal de transition

J’ai fait mon coming-out à mon médecin traitant le vendredi 11 mai. Pour moi c’était une étape importante, même si je n’en avais pas vraiment besoin. Je ne souhaite pas faire de demande d’ALD, ou prendre de la testostérone pour l’instant. Tout au plus, j’avais besoin d’une lettre pour aller chez le psychiatre et être correctement remboursé.

Du coup, tout le monde n’a pas compris que je veuille lui faire mon coming-out. On m’a fait comprendre que ça ne servait un peu à rien. Bon, moi ça ne me semblait pas absurde de prévenir son médecin qu’on prévoit une opération majeure, mais enfin je dis ça comme ça. Et puis on est tout de même censé avoir une relation de confiance avec son médecin, et lui cacher que j’étais trans, c’était clairement un obstacle.

Je ne savais pas trop comment lui dire. Je ne suis pas quelqu’un de très doué pour les CO, mais je ne sais pas si vraiment ça existe, les gens doués pour les CO. Je n’aime pas trop dire directement « je suis trans ». En plus, on prend le risque que la personne en face ne sache pas ce que ça veut dire, ou en ait une idée complètement erronée. Du coup j’ai dit que je ne m’identifiais pas à mon genre de naissance, et que j’envisageais une transition médicale.

Sa réaction a été parfaite. En fait, mon médecin, je l’aime vraiment bien. Il est jeune, extrêmement gentil. Moderne, à l’aise avec l’idée d’une prise de rendez-vous par internet. Un peu énervé contre les médecins maltraitants, aussi. A la fin de ses rendez-vous, il demande toujours s’il y a autre chose dont je veux parler. C’est comme ça que j’ai pu faire mon coming-out, d’ailleurs – parce que je savais qu’il allait poser cette question.

Il avait l’air un peu inquiet pour moi, face à toutes ces galères que j’allais devoir surmonter, et ça m’a un peu trop ému. Quand il a demandé si mes parents ne s’en doutaient pas quand même déjà, juste un peu, c’était dit avec tellement de douceur que ça en était presque trop difficile.

« C’est stressant pour vous, tout ça » – il m’a dit cette phrase en fin de rendez-vous, avec toujours la même petite inquiétude. Et oui, c’est stressant pour moi tout ça. Mais je rencontre d’autres soignants comme lui sur le chemin, ça devrait aller.

 

11/05/18 – CO au médecin traitant